‘‘ A la recherche de l’orient perdu’’ - Diane Gaillaud
Depuis ses débuts il y a plus de vingt ans, toutes les créations de Tania Enggelstein,
céramiste d’origine égyptienne, sont empreintes d’une influence
orientale très prononcée.
En témoignent encore ses deux dernières exposittions en Israël en 2003 et 2006. Elle vient de créer cette année, en associattion avec quatre autres femmes céramistes, une galerie à Shoeva dans le but de promouvoir cet art encore dévalorisé en Israël.
Née à Tel Aviv en 1950 dans une famille égyptienne, Tania Engelstein a vécu toute son enfance à Jérusalem avec des parents qui tentaient de se comporter en « vrais tsabarim » et des grandsparents qui n’ont eux jamais renoncé à leur culture orientale. Elle fut ainsi tiraillée entre la volonté parentale d’effacer les différences culturelles et des souvenirs d’enfance partagés avec ses grands parents qui ne manquaient sous aucun prétexte le film égyptien du vendredi après-midi à la télévision, qui parlaient entre eux le français ou encore ne se lassaient pas d’écouter les chansons de la diva égyptienne Oum Kalthoum.
Diplômée en céramique de l’Ecole d’Art ‘’Betsalel’’ en 1975,
Tania Engelstein part dès lors à la recherche de son identité
à travers ses créations artistiques. « Dans chacun de mes
objets, on retrouve toujours une touche orientale », confirmet-
elle. Inspirée par des céramiques d’Afrique du Nord, elle
commence alors par façonner des objets décoratifs simples
et assez imposants en
terre cuite qui
ressemblent à des coffrets.
Ils sont toujours de couleur beige ou jaune
et souvent ornementés d’or. Cet élément, présent dans la
plupart de ses modèles, suscite un contraste avec la simplicité
des formes tout en leur procurant une certaine noblesse.
Par la suite, elle tisse même des fils d’or entre eux dans
le but de reproduire le voile des femmes musulmanes,
qu’elle coud presque, au sommet de hauts vases.
Pour accompagner les poèmes de Miri Goll, d’origine marocaine,
au Beit Haomanim de Jérusalem dans une exposition intitulée
« De toi, je me languis » en 2003, elle crée dix assiettes et
bols en porcelaine et terre cuite au centre desquels elle place
une photographie de ses grands-parents. Les deux artistes évoquent
ainsi chacune à leur manière leur
souvenirs d’enfance.
« Le bol est fait pour contenir des choses et je voulais qu’il contienne mes souvenirs et ma nostalgie », explique Tania Engelstein. Alors remarquée par la directrice du Musée de l’Art Islamique à Jérusalem, une salle entière lui est dévolu trois ans plus tard dans ce même musée. Cette exposition, au nom très suggestif « Nostalgie orientale », présente nombre de ses créations antérieures mais également une série de bols en porcelaine dont les poignées en or ressemblent à des bijoux orientaux anciens. Là encore, la taille démesurée et la beauté travaillée de ces ornements s’opposent à la forme très épurée des objets.
En parallèle, Tania Engelstein n’a cessé depuis 1982 d’enseigner l’art de la céramique, que ce soit dans son propre studio ou bien dans diverses écoles d’Art en Israël à ‘’Betsalel’’, en Allemagne et aux Etats-Unis. Elle participe régulièrement à des séminaires organisés dans le monde entier autour de l’art céramique. Elle a ainsi pu constater un manque d’intérêt dans son propre pays pour la céramique, considérée encore comme une activité manuelle réservée exclusivement aux femmes. Elle a par conséquent créé cette année, une galerie à Shoeva en association avec quatre autres femmes céramistes dans le but de démocratiser cette technique de travail. Elle déclare vouloir « promouvoir la céramique en Israël au rang d’art tel qu’elle est considérée depuis longtemps en Amérique et faire connaître au public des céramistes locaux. » Chacune à leur tour s’évertue donc à présenter de jeunes mais déjà excellents céramistes afin de faire émerger peut-être dans quelques années un style proprement israélien.
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