Projet Better Place : un choix de société - Haïm Ouizemann

L’effet global de réchauffement climatique, aujourd’hui scientifiquement reconnu comme étant causé par l’activité humaine et princip palement par les gaz à effet de serre, constitp
tue plus que jamais une menace sérieuse pour l’avenir de la planète Terre. Israël, signataire du Traité de Kyoto et présente à la Conférencp ce de Bali (Déc. 2007) propose, dans le cadre de la l’atténuation des gaz à effet de serre, d’oeuvrer activement au développement rap pide d’énergies alternatives. Le Projet Better
Place, conçu par deux influents managers, Shaï Agassi et Ydan Ofer, s’insère parfaitemp ment dans le cadre de cette politique verte.

 

Projet Better Place : un véhicule vert

 

Nombreux sont ceux qui, comme Al Gore (Prix Nobel de la Paix 2007), réaffirment l’urgence d’une action immédiate afin de limiter l’émission de gaz d’échappement dans l’atmosphère. La France, pionnière en ce domaine, a, ces derniers mois, adopté les Accords de Grenelle. Par ailleurs, désireuse d’appliquer la Charte climatique (Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (1992) UNFCCC), elle s’est montrée très active lors de la Conférence de Bali (Déc.2007), à l’issue de laquelle a été adoptée «la feuille de route de Bali» se fixant pour objectifs de réduire d’ici 2020 les émissions de gaz de 20 à 30%.


Israël n’est pas moins active en ce domaine. Deux grands managers israéliens au renom international, Shaï Agassi et Ydan Ofer (voir encadré), convaincus de pouvoir réaliser une véritable révolution dans le domaine des transports, du secteur automobile en l’occurrence, se sont associés afin de relever le défi et d’encourager la production d’une industrie automobile verte. Ainsi, Better Place, leur ambitieux projet, propose de créer dans un premier temps une large infrastructure mondiale avec la mise en place de bornes de recharge électrique, pour ensuite introduire les automobiles électriques sur le marché mondial.


Le gouvernement israélien, soucieux de pallier à l’inexistence de ressources en matières premières, cherchant à minimiser son interdépendance extérieure, pourrait bien être intéressé à devenir une puissance dans le domaine de l’énergie alternative. De fait, il a déjà accordé son assentiment pour piloter le projet (Goush Dan région de Tel-Aviv). Des pays comme le Danemark, Londres, la métropole de Tokyo et les Iles Hawaii ont accepté d’être pilotes pour le lancement un jour prochain d’une automobile verte. Conscient de l’avortement avant terme de projets semblables, Shaï Agassi précise que l’objectif n’est, en aucune manière, de produire directement des automobiles électriques mais plutôt de créer les conditions nécessaires et favorables à leur commercialisation.

 

Le projet propose la mise en place d’un savant réseau de rechargement et de remplacement de batteries dans des stations-service prévues à cet effet lors de longs trajets. Les initiateurs du projet promettent que la fiabilité du réseau conduira les grandes firmes automobiles à s’adapter au nouveau modèle économique proposé. Shaï Agassi, qui bénéficie de près de 200 millions de dollars grâce à la participation de ‘Hevrah LeIsraël et d’autres sociétés comme VantagePoint (société de capital investissement de la Silicon Valley), de Venture Partners et de Business Angels (Edgar Bronfman senior) affirme: «Si ce que je pense est juste, ce sera le plus gros bouleversement de l’histoire du capitalisme» et son partenaire Ydan Ofer de Israël Corp de rajouter: «Du point de vue environnemental, cela a autant de sens que du point de vue commercial».

 

La viabilité du projet Le parc automobile mondial, en ascension constante, constitue la source majeure d’émission de gaz à effet de serre (principalement de dioxyde de carbone (CO2)) responsables du réchauffement du globe terrestre. Des analyses démontrent que l’automobile et l’avion sont consommateurs de près de la moitié de la consommation du pétrole mondial. La demande n’ira qu’en grandissant en raison, entre autres, du développement rapide des deux géants chinois et indien (cf. le rapport «World Energy Outlook 2007) auquel s’ajoute l’instabilité géopolitique, comme au Niger qui, gravement secoué par la crise ethnique et la corruption, a diminué sa production de 500 000 barils par jour (la production journalière de 2,4 millions de barils fait du Niger le premier producteur pétrolier sur le continent africain).

 

La conséquence directe se traduit par la flambée du prix du pétrole brut sur les marchés internationaux : évalué à dix dollars le baril de pétrole il y a dix ans de cela, ce dernier l’est aujourd’hui à 100 dollars. L’or noir représente près de 35% de l’énergie consommée sur Terre et nombre d’économistes estiment que son prix crèvera vraisemblablement de nouveaux plafonds. Shaï Agassi et Ydan Ofer, conscients de la hausse du prix du pétrole brut, d’une raréfaction prévue des ressources fossiles (65% des réserves mondiales de pétrole sont concentrées au Moyen-Orient) et de la nécessité de trouver une solution au problème du réchauffement de la planète, ont saisi que «le défi que tous les pays sont appelés à relever consiste à mettre en oeuvre une transition vers un système énergétique plus sûr et moins émetteur de carbone, sans entraver le développement économique et social.» (Rapport annuel sur les perspectives énergétiques du World Energy Outlook 2007).

 

Le très charismatique Shaï Agassi est d’avis que le projet ouvrira le marché automobile «à tous ceux qui jusqu’à présent n’ont pu se permettre d’acquérir un véhicule en raison du coût élevé de l’essence». Pourtant le projet n’est pas sans connaître l’opposition de certains décideurs politiques à la Knesset qui soutiennent que l’»énergie propre» sera fournie par des centrales électriques fonctionnant par combustion du charbon, donc très polluantes pour l’environnement. De plus, les ingénieurs et les concepteurs du projet ne ménagent pas leurs efforts afin de surmonter une double difficulté, à savoir le prix et la qualité des batteries. (Ces batteries à lithium fabriquées sur le modèle des piles de téléphones portatifs ont une durée de vie encore brève et le stockage et la puissance de leur charge électrique insatisfaisante sur une longue distance). Autre difficulté en vue : la fabrication industrielle d’une voiture verte à bon marché et l’extension du réseau de prestataires de services (recharges de batteries, vitesse de changement de batteries…).


Qu’à cela ne tienne, les deux businessmen ne manquent pas d’atouts et, fermement soutenus par les financiers du Projet, ils sont intimement persuadés de leur réussite et ne désespèrent pas de voir «Israël devenir le centre de recherche et de développement prolifique quant à la construction du véhicule vert et de domaines s’y rattachant». Les prévisions, si la justesse de leurs résultats s’avère pertinente, élèveront Israël au rang de puissance respectueuse de l’environnement conformément aux normes édictées par les Traités internationaux dont elle est signataire. C’est sur la base de cette conception éthico écologique qu’Israël pourra rayonner
économiquement à travers les cinq continents et être un modèle à copier.

 

Shaï Agassi - Portrait

Shaï Agassi, natif de Ramat Gan et aujourd’hui âgé de 40 ans, est considéré comme l’enfant prodige de l’industrie High-Tech en Israël. Avant même son enrôlement dans les services de Renseignements de l’Armée israélienne, il obtient sa licence d’informatique au Technion et après son service militaire, crée avec son père Reouven (ex-Sud) sa première start-up qui développe des programmes de haut de gamme pour la société Apple. Dans les années 90, il monte la Société Top Tier, à l’origine du «Portail Web»
qu’il revend pour la somme de 400 millions de dollars en 2001 à la Société SAP. En 2002, S. Agassi accède, bien que n’étant pas Allemand, à l’un des sept postes de membre du directoire de la très prestigieuse SAP International. Il y dirige le projet de développement du programme Net Weaver SAP est le premier fournisseur mondial de logiciels interentreprises et le troisième fournisseur mondial de logiciels (39000 personnes y sont employées à travers 50 pays et recense près de 40 000 clients). En 2007, il démissionne de SAP avec pour objectif de développer le domaine de la technologie au service de l’environnement et s’associe à Idan Ofer, à la tête de «Hevrah LeIsraël». Le but commun qu’ils se fixent consiste à révolutionner le monde des
transports en imposant la production d’une «automobile verte».

Idan Ofer - Portrait

Agé de 52 ans, il occupe la direction du consortium ‘Hevrah LeIsraël et de la compagnie d’armature Tzim contrôlée par cette dernière. Fils de Samy Ofer, il contribue, depuis près de dix ans, à faire progresser considérablement l’empire d’armature créé par son père, considéré à ce jour comme le plus puissant du monde. La fortune de la famille Ofer est estimée à 19 milliards de shekels
et le salaire personnel de I. Ofer se monte à 500 000 shekels par mois. L’activité de ‘Hevrah LeIsraël est très diversifiée : navigation, chimie, énergie et haute technologie, usines de la Mer Morte, Brom, Tzim, Tower Semi-conductor Walerm, immobiliers et industrie automobile en Chine. En 2006, il vend toutes ses actions des raffineries de pétrole pour la somme de 5,2 milliards de dollars et début
2007 acquiert, en association avec le groupe Federman la raffinerie de Haïfa pour un montant de 700 millions de dollars Disciple de Al Gore, il se lie à Shaï Agassi et rêve de participer, dans le cadre du projet «Better Place» à un monde plus propre. Il est prêt au nom de la Paix à ce que les familles de réfugiés palestiniens après la Guerre Indépendance soient dédommagées et est convaincu
que le développement économique de la région servira de base au règlement du conflit israélo-arabe.