« Le veau d’or est toujours debout » - Valérie Laskow
Nous avons enfin réalisé le rêve de Ben Gurion: nous sommes devenus un pays comme les autres : nous asppirons à « rire sur le chemin de la banque» comme le dit la pub. En un mot comme en cent, on l’aura comppris: l’argent fait le bonheur. Cela ne va pas sans s’accompagner d’effets secondaires en voie de devenir majjeurs.
Ainsi, alors que servir dans l’armée était non seulement un devoir mais surtout une fierté – parce que c’était servir son pays -, c’est devenu une corvée, vécue comme une perte de temps, à laquelle de plus en plus de gens essaient d’échapper. Des émissions comme “ Une étoile est née” ou “ Né(e) pour Danser “ érigent, au rang de divinités des jeunes générations, des garçons et des filles qui n’ont pas fait leur service militaire. On évoque avec complaisance le cas de telle ou telle mannequin qui ne s’est mariée que dans le but avoué et déclaré d’échapper à ses obligations militaires. Le résultat est connu : moins de 30% des hommes font leur période de réserve et les chiffres des jeunes qui font leur service militaire sont en baisse, en particulier dans les grandes villes.
La normalisation et la banalisation de ce scandale devrait faire réagir. Une campagne de pub, financée bénévolement non par l’Etat mais par un particulier est lancée pour faire prendre conscience de la gravité des conséquences possibles pour le pays. Pourtant, l’Etat fait le mort. Les journalistes s’interrogent-ils sur les valeurs que nous transmettons aux jeunes à l’école ? Le Ministère de l’Education Nationale ne répond pas. Notre génération s’égosillait : “ No education”. C’est le message que nous avons fait passer à nos enfants. Belle réussite ! Nous voulions des enfants heureux. Ils le sont comme les imbéciles le sont. Notre société vénère les jeunes comme si c’était là une qualité et non un état. La longueur de cheveux de Ninette ? Voilà qui est passionnant. Tant pis si les personnes âgées restent debout dans le bus tandis que des ados s’affalent, i-pod à l’oreille, indifférents à tout ce qui n’est pas eux. Les adultes, pour être “sababa” baissent la tête, ne disent rien, enfilent leurs jeans taille basse et tentent pitoyablement de ressembler à leurs enfants… Et, vive la chirurgie esthétique !
On se demande comment lutter contre les accidents de la route, fléau dans ce pays. Comment s’étonner quand chacun conduit, comme si la route lui appartenait, qu’il ne devait de compte à personne et surtout ne tenir compte que de ses propres besoins sans s’inquiéter des autres ? Ce sont les familles des victimes et Ha Gal Hayarok, encore une initiative privée, qui font un travail d’éducation auprès des jeunes, avec leurs petits moyens. L’état, quel état ? En matière sociale, on a fait d’une tragédie une idéologie ! Nous voulions des droits, nous en avons oublié nos devoirs. Des milliers de gens sont en dessous du seuil de pauvreté. En Israël, en 2008, des enfants ont faim. C’est toujours des initiatives privées qui tentent de pallier les déficiences publiques.
Que fait l’Etat ? Il ne bouge pas.
La violence s’accroît : on viole des enfants, on attaque des
vieux, on vole des voitures quasiment impunément.
Les tribunaux s’affaiblissent, l’Etat ne fait rien.“ Du pain et des jeux ” disait César : voilà ce que demande le
peuple, voilà ce que lui donne le pouvoir politique pour être
tranquille. Le loto est en prime time, la culture est un gros
mot. Le Théâtre National ne cherche plus à enivrer son public
d’émotions ni à élever son âme, désormais il veille à remplir
ses caisses. Alors, “ Marylou ” est à Habima ! Seuls les acteurs
lancent une pétition sur Internet pour demander aux pouvoirs
publics de les aider à maintenir un niveau culturel digne de
ce nom.
Le nom de la pétition ? “ Non au veau d’or !”
A l’époque, on dit que seul 1% du peuple s’était laissé allerà l’idolâtrie et Dieu était prêt à punir le peuple tout entier.
Aujourd’hui, il semble que seul 1% du peuple se révolte contre
l’idolâtrie.
Mais, où est donc Moïse ?
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