Trois livres pour l'été - Itshrak Lurcat

Ron Leshem, Beaufort.

Beaufort, livre de Ron Leshem adapté avec talent au cinéma par Joseph Cedar, vient d’être traduit en français, simultanément à la sortie du film sur les écrans en France. Cette parution est sans nul doute un événement. Le livre, qui a obtenu le prix Sapir et est devenu un best seller en Israël (plus de 100 000 exemplaires vendus), est écrit dans une langue bien particulière : le fameux argot militaire de Tsahal. Il raconte l’histoire d’un groupe de soldats retranchés à l’intérieur du château de Beaufort, position stratégique occupée par l’armée israélienne au sommet d’une montagne, qui domine la plaine de la Bekaa au Sud-Liban, pendant les dernières semaines précédant le retrait israélien en mai 2000.


Toute l’action se déroule à l’intérieur de la forteresse de Nimrod sur le Golan, dans une ambiance oppressante qui évoque parfois celle du Désert des Tartares : l’ennemi invisible bombarde régulièrement la position israélienne, causant des pertes d’autant plus cruellement ressenties que les soldats de Tsahal savent qu’ils vont évacuer le Beaufort d’un jour à l’autre… Cette unité de lieu et d’action évoque un peu celle des tragédies classiques, même si le style est très moderne et fort peu racinien ! Mais plus que le style, c’est le contenu qui frappe par son intensité et sa vérité. Car Beaufort, loin d’être un livre pacifiste, montre au contraire l’ardeur au combat et l’esprit de sacrifice des jeunes soldats israéliens, sur lesquels repose la défense du pays tout entier. Le personnage du jeune commandant, (incarné dans le film de Cedar par Oshri Cohen) est criant de vérité, et tout à fait représentatif des jeunes soldats et officiers de Tsahal qui, âgés d’à peine vingt ans, font preuve d’une maturité et d’un courage à toute épreuve.


Un des plus beaux romans de guerre israéliens A bien des égards, le livre de Ron Leshem représente un tournant majeur dans la littérature israélienne. Peu de livres ont en effet montré la guerre sous un jour aussi vrai, avec un message aussi peu conforme au pacifisme ambiant caractéristique des élites post-sionistes actuelles. Beaufort est certes un livre réaliste, qui montre la cruauté de la guerre au Liban, menée par des jeunes à peine sortis de l’adolescence. Mais c’est aussi un livre qui nous fait découvrir le secret de la survie d’Israël, dont l’armée est dirigée par des hommes qui ne sont pas souvent à la hauteur de leur mission (l’historien militaire Uri Milstein affirme qu’il en est ainsi depuis 1948). Ce secret, que montrent Ron Leshem dans son beau livre et Joseph Cedar dans son adaptation au grand écran, c’est l’héroïsme de jeunes soldats qui savent parfaitement, eux, pourquoi ils se battent,
et qui sont prêts à donner leur vie pour la défense de leur pays. Sujet capital, d’une importance politique vitale, que l’auteur de Beaufort traite de manière romancée et dénuée de tout didactisme. Ce livre est sans doute un des plus beaux romans de guerre israéliens, et un des grands romans contemporains d’Israël.

 

 

Michaël Sebban, Le cadenas du marché Yehouda Michaël Sebban a déjà publié cinq livres, dont le savoureux et remarqué Lehaïm, roman autobiographique relatant les aventures d’Eli S., prof de philo dans la banlieue parisienne du « 9-3 », qui tentait d’oublier la difficulté d’être Juif en France dans les années 2000 en surfant et en buvant de l’anisette… Ses deux précédents livres, La terre promise pas encore, et Kotel California, racontaient eux aussi les tribulations d’Eli S., monté en Israël, puis parti faire fortune aux Etats- Unis. A l’époque, une critique perspicace avait prédit que l’auteur (et son héros) finiraient par retourner en Israël ! Sa prédiction s’est réalisée, et Michaël Sebban est finalement revenu à Jérusalem, où je l’ai rencontré récemment dans la synagogue de mon quartier. Le cadenas du marché Yehouda, son dernier livre, relate la suite des aventures d’Eli S. dans un genre un peu différent, puisqu’il s’agit d’une énigme policière. Un livre sympathique et agréable à lire, parfait pour occuper les loisirs de la période estivale.

Hachette 2008, 214 pages, 17 euros.

 

 

 

Shimshon Attali, C’est pas gagné « C’est pas gagné » est une comédie hilarante, dans la plus
pure tradition française de Gérard Oury et de Louis de Funès. L’auteur a choisi de publier sous forme de livre le scénario, dans l’espoir de trouver un producteur.

 

En attendant de le voir porté à l’écran, on peut ainsi lire cette comédie qui ne laissera personne indifférent, une fois dépassé l’obstacle de la forme (il s’agit d’un scénario à l’état brut, avec toutes les indications de tournage).

 

Souhaitons à l’auteur, le jeune et talentueux Shimshon Attali, qu’il puisse très bientôt voir son rêve réalisé, et son scénario adapté au cinéma, pour le plaisir de tous ! Autoédition, Jérusalem 2008, 100 NIS, vendu dans les librairies françaises et chez l’auteur.