Trois livres pour le printemps - Itshrak Lurcat
Lizzie Doron, Pourquoi n’es-tu pas venue avant la
guerre ?
Le livre de Lizzie Doron appartient à un nouveau courant
de la littérature israélienne, représenté également par
Amir Gutfreund, auteur du livre Les gens indispensables ne
meurent jamais. Tous deux sont des enfants de rescapés
de la Shoah.
Tous deux sont nés dans les années 1950-60 en Israël, où de nombreuses familles de survivants se sont installées après la guerre. Et Lizzie Doron raconte, comme Amir Gutfreund, l’enfance à l’ombre de la Shoah. Son style est cependant différent.
Lizzie a été élevée par sa mère, Héléna, dont elle fait un portrait plein d’humour et de tendresse. A travers la figure de cette femme fantasque et fragile, c’est une image souvent ignorée d’Israël qui se dessine : celle d’un pays profondément marqué par la Shoah, dont les traces demeurent jusqu’à aujourd’hui.
Pourquoi n’es tu pas venue avant la guerre ? est le premier roman de Lizzie Doron traduit en français. Il a été très remarqué lors de sa parution en Israël, en 1998. Plusieurs de ses autres livres ont aussi été traduits en Allemagne, où elle a obtenu le prestigieux prix Jacob Buchman.
Editions Héloïse d’Ormesson 2008, 140 pages, 18 euros.
Paul Giniewski, Israël et l’Occident, Obscurités et
clartés
Paul Giniewski n’est pas seulement un auteur prolixe,
qui a publié une trentaine de livres depuis plus d’un
demi-siècle (son premier livre, Quand Israël combat, est paru
en 1957).
Il est aussi un des observateurs les plus lucides du conflit israélo-arabe, auquel il a consacré plusieurs ouvrages de référence. Mais il a également écrit sur des sujets différents, comme l’antisémitisme, les relations judéo-chrétiennes et leur évolution récente, ou encore l’histoire du sionisme.
Son dernier livre, intitulé Israël et l’Occident, obscurités et clartés, constitue en quelque sorte un ouvrage de synthèse sur tous ces sujets. Giniewski y aborde en effet presque tous les thèmes de ses précédents ouvrages, de manière synthétique, avec érudition et clarté, mais aussi avec passion, en exhortant Juifs et chrétiens à faire face à la « menace avouée d’une deuxième ans ce livre des aspects peu Shoah »…
Le lecteur découvrira d connus, comme le sionisme chrétien, la « préhistoire » de l’Etat d’Israël, l’attitude complice des démocraties pendant la Shoah, ou encore la « haine de soi » de la philosophe Simone Weil. Sur tous ces sujets passionnants, Paul Giniewski apporte un éclairage documenté et convaincant.
Editions Cheminements 2008, 313 pages, 20 euros.
Richard Nissim Darmon, L’ombre,
le seuil et le chant. Alger - Paris
- Jérusalem - La maison
Richard Darmon, journaliste
installé en Israël depuis une vingtaine
d’années, vient de publier dans la collection« Judaïsmes » des éditions L’Harmattan,
L’ombre, le seuil et le chant. Sous-titré
« Alger-Paris-Jérusalem-La maison », ce
recueil de poésie et de prose, d’un genre
inclassable, est écrit avec une verve
lyrique qui ne laisse pas indifférent.
L’auteur retrace son itinéraire à travers
trois capitales et trois continents, et nous
fait partager ses souvenirs d’enfance
algéroise, d’adolescence parisienne et de
maturité à Jérusalem. En lisant les poèmes
hierosolymitains de Richard Darmon, j’ai
découvert le visage insoupçonné d’un
poète au talent digne des plus grands :
« Dédale des clairs jardins – incertains de
l’enfance – parsemés de vieux jouets et
de jeunes filles – chantant dans le froid
sec du matin – Succession lumineuse
de nobles palais arabes – entourés
d’oliviers aux rameaux d’argent – éblouis par le bleu glacial du ciel »
(« L’automne splendide de Baka »).
Parmi les plus beaux poèmes de ce
recueil prometteur, citons aussi les « Heures domestiques » : « J’aime
ces matinées montantes – incrustées
de gestes ménagers – de murmures
de casse-noix – et de couteaux en
bataille – Avec ces collections de
fruits-légumes – à découper en éventails du sud – Seul à m’agiter –
dans le ventre fécond de la maison – où se forge l’enjeu – des yeux et des assiettes ».
Dans la description des gestes les plus familiers, Darmon retrouve la quintessence de l’acte poétique, qui saisit au coeur de la vie quotidienne le sens profond des choses. Comme l’écrit Michel Eckhard-Elial, « trouver le mot juste, c’est s’assurer d’un juste et gratifiant rapport au monde, et faire venir, à partir de lui, l’être des choses et la présence ». Cette définition s’applique tout autant au journaliste fidèle à sa mission qu’au poète.
Editions L’Harmattan 2008, 158 pages, 15 euros
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