Trois livres politiques français - Itshrak Lurcat
Toulouse, 21 septembre 2001 : L’usine AZF explose,
provoquant la mort de 30 personnes, en blessant 3000
autres, endommageant des milliers d’habitations.
Accident ou attentat ? Très rapidement, la thèse de
l’accident s’impose comme une vérité officielle, malgré
les nombreux faits troublants et incohérences. Deux
journalistes français, Anne-Marie Casteret de L’Express
et Marc Mennessier du Figaro, vont mener une enquête
minutieuse, pendant plusieurs années, en bravant
l’hostilité de la police, de la justice et de leurs propres
confrères.
Ce livre présente leurs conclusions et relate quatre ans d’investigations. Il montre comment les autorités françaises ont délibérément écarté tous les éléments de preuve accréditant la thèse d’un attentat islamiste, alors même qu’un ouvrier intérimaire d’origine tunisienne, Hassan J., avait été retrouvé mort sur les lieux de l’explosion, portant sur lui 5 slips ou caleçons superposés, conformément au rituel des kamikazes islamistes. Par lâcheté et par une hypocrisie bien française, les plus hautes autorités de la République ont ainsi voulu étouffer ce qui semble bien avoir été le «11 septembre français», préférant dissimuler cette réalité dérangeante... Marc Mennessier n’est pas tendre avec ses collègues journalistes et avec les médias en général.
Son livre montre que l’opinion est manipulée et que le «quatrième pouvoir», au lieu de jouer son rôle de recherche de la vérité, se rend souvent complice du pouvoir politique. On comprend mieux, en lisant ce livre important, la désinformation qui règne dans les médias français au sujet du Moyen- Orient et d’Israël, lorsqu’on constate qu’elle concerne tout autant l’actualité intérieure à l’Hexagone.
AZF, Un silence d’Etat, Seuil 2008, 271 pages, 20 euros.
H o m m e
p o l i t i q u e ,
écrivain et
j o u r n a l i s t e
f r a n ç a i s
r é c emme n t
disparu, Alain
G r i o t t e r a y
était aussi un
des plus jeunes
résistants et
l’instigateur
de la fameuse
manifestation
du 11 novembre 1940, au cours
de laquelle des étudiants défièrent
l’occupant nazi en commémorant
l’armistice, devant le tombeau du
soldat inconnu. Dans son beau livre
Qui furent les premiers résistants ,
paru initialement en 1985 (sous le
titre «1940, la droite était au rendezvous
») et plusieurs fois réédité,
Griotteray s’attaque au mythe de la
«gauche résistante» et de la «droite
collaboratrice», qui obscurcit trop
souvent la vision de cette époque
charnière de l’histoire française
contemporaine.
Dans son avantpropos, l’auteur rappelle ainsi les négociations secrètes entre le parti communiste et l’occupant nazi, en juin 1940, pour obtenir la réapparition de L’Humanité. Il ne s’agit pourtant pas d’un essai, ni même d’un récit historique à proprement parler, mais de l’évocation de vingt-trois héros de la Résistance, hommes et femmes, civils et militaires, dont le point commun est d’être tous issus de la droite, à travers ses différentes familles : catholique, maurrassienne, royaliste ou républicaine. Les portaits de ces résistants souvent oubliés des livres d’histoire sont d’autant plus parlants que l’auteur les a personnellement connus, et qu’il décrit – derrière les héros risquant leur vie et leur liberté – les hommes et femmes ordinaires. Ce livre qui se lit comme un véritable roman remet en cause bien des a priori et des idées reçues, y compris pour le lecteur juif. Ainsi, on s’aperçoit que beaucoup de résistants étaient d’anciens cagoulards ou militants de l’Action française.
Le clivage véritable, à cette époque comme aujourd’hui, n’était pas entre la droite et la gauche, mais entre les hommes de courage et les lâches. Outre son intérêt historique, le livre d’Alain Griotteray a également une portée très actuelle. Ainsi, lorsqu’un officier français vient avertir un membre du cabinet Daladier de l’insuffisance de la ligne Maginot pour faire face à une attaque allemande, il est éconduit par le politicien, qui lui déclare «nous n’y pouvons rien». «Ils n’y pouvaient rien, parce que les majorités parlementaires avaient l’oeil sur les congrès de partis, pas sur les frontières», commente l’auteur, et sa réflexion pourrait tout autant s’appliquer à beaucoup des parlementaires et dirigeants israéliens aujourd’hui.
Qui furent les premiers résistants, nouvelle édition, Alphée 2008, 258 p. 21,90 euros.
Historien des idées, philosophe et
politologue, Pierre-André Taguieff
est l’auteur de nombreux ouvrages
portant sur des sujets tels que le
racisme, le populisme ou la théorie
du complot. Dans un ouvrage
pionnier, paru en pleine «Intifada
des banlieues», La nouvelle
Judéophobie, Taguieff avait analysé
la nouvelle vague d’antisémitisme
planétaire apparue à l’automne
2000 (et qui se poursuit jusqu’à
nos jours), en montrant comment
cette nouvelle haine des Juifs
n’était plus un racisme antijuif,
mais consistait à retourner contre
les Juifs l’accusation de racisme.
Son dernier livre, La Judéophobie des Modernes, sous-titré «Des Lumières au Jihad mondial», poursuit, développe et approfondit cette analyse. Quoi de commun entre l’antisémitisme d’un Voltaire et celui d’un Ben Laden ? Entre le discours antijuif des Lumières et celui de l’islamisme radical ?
Le livre montre comment les mêmes thèmes d’accusation contre les Juifs réapparaissent régulièrement, sous des formes et dans des contextes différents. L’auteur les dénombre et les regroupe en six mythes antijuifs principaux : la «haine du genre humain» ; le déicide ; le meurtre et le cannibalisme rituels ; l’usure et la domination financière ; le complot mondial et le racisme. Cette perspective originale permet à l’auteur de saisir le phénomène judéophobe dans sa globalité et de comprendre, notamment, la situation actuelle de l’Europe, face à la vague antijuive nourrie par la propagande islamiste. Fondé sur des années de réflexion et de recherches sur le sujet, l’ouvrage de Taguieff constitue une véritable somme et sans doute un jalon dans l’historiographie de l’antisémitisme.
Erudit sans être p é d a n t , T a g u i e f f m o n t r e u n e f o i s de plus le visage d’un intellectuel e n g a g é , d i g n e h é r i t i e r de Léon P o l i a k o v, qui ne craint pas d’aborder l’actualité la plus controversée, comme par exemple l’affaire Al-Dura dont il fait une analyse magistrale, en la rattachant au mythe du Juif tueur d’enfant, que l’on trouve tant chez Drumont que chez les nazis, les islamistes, et jusqu’au fameux reportage de France 2.
Editions Odile Jacob, 2008, 683 pages, 35 euros.
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