Trois livres juifs pour terminer l’hiver - Itshak Lurçat

Un été dans le Goush Katif, Benjamin Adjadj.

Jeune journaliste monté en Israël en 2001, Benjamin Adjadj a passé l’été 2005 au Goush Katif, où il s’est «infiltré», avec des centaines d’autres Israéliens, venus pour tenter d’empêcher l’expulsion des familles juives de leurs maisons et de leur terre... Trois ans plus tard, Adjadj raconte son expérience dans un livre qu’il vient de publier à Jérusalem. Le résultat est un récit à la fois sobre, émouvant et passionnant. L’auteur relate le combat de dizaines de milliers d’Israéliens au cours des mois qui ont précédé l’expulsion et jusqu’aux jours fatidiques d’août, au lendemain du 9 Av, quand les soldats de Tsahal aux uniformes noirs – créés spécialement pour l’occasion – vinrent chasser de leurs maisons les habitants des localités juives du Goush Katif.

 

La force du récit de Benjamin Adjadj est de s’en tenir le plus souvent aux faits, qui parlent d’eux-mêmes, au lieu de vouloir faire un essai politique (ce qui pourrait faire l’objet d’un autre livre). Son livre abonde de détails et d’observations qui permettent au lecteur de revivre cette période dramatique de lutte fratricide qui, comme l’affirme l’auteur, marquera à jamais la société israélienne. Il décrit ainsi les débats et les hésitations à l’intérieur du mouvement «orange», la rupture entre la «jeunesse des collines» et la direction officielle de «Yesha» (Conseil des localités juives de Judée-Samarie et Gaza), jugée trop modérée et dont l’attitude attentiste et les louvoiements – notamment lors de la manifestation à Kfar Maimon – sont rendus responsables par beaucoup de l’échec du combat pour le Goush Katif.

 

Parmi les pages les plus intéressantes du livre, mentionnons celles relatives aux Druzes militant contre l’expulsion, ou à la quasi-absence des Haredim, dont l’auteur explique l’attitude paradoxale. Dans la conclusion du livre, intitulée «Jusqu’où respecter les décisions de l’Etat d’Israël», il livre son point de vue et estime que le combat à venir pour Eretz Israël et contre les concessions territoriales – qui demeurent à l’ordre du jour du gouvernement, malgré l’échec patent du retrait de Gaza – devra mobiliser «bien au-delà de cette génération orange, idéaliste mais naïve, qui fit ses classes lors de l’été 2005 dans le Goush Katif». Plus qu’un reportage, «Un été dans le Goush Katif» est un témoignage important et bien écrit, dont la lecture ne laissera personne indifférent.

 

Editions T e v a t e n o u , Jérusalem 2008, 157 pages, 50 shekels.

En vente dans les librairies françaises et chez l’éditeur, 02-6537173, ainsi qu’au musée du Goush Katif à Jérusalem

 

 

Talmud. Enquête dans un monde très secret, de Pierre-Henry Salfati.


Le Talmud, objet de toutes les méprises, est depuis deux mille ans au coeur de la vie juive traditionnelle. Livre unique, il a subi, à l’image de son peuple, les errances, les persécutions et les métamorphoses... Pierre-Henry Salfati a étudié, dans sa jeunesse, à la yeshiva de Brunoy. Devenu scénariste et réalisateur, il a récemment consacré un documentaire au Talmud, diffusé sur Arte en 2007.

Ce reportage fait à présent l’objet d’un livre, qui est un véritable roman autour du livre le plus méconnu et le plus calomnié au monde... L’auteur nous fait ainsi découvir, à travers tous les continents et toutes les époques, comment le Talmud a engendré des individus incroyables aux histoires surprenantes. Mais le véritable héros de ce livre original est le Talmud lui-même, dont l’auteur suit les aventures de New York à Jérusalem, en passant par Paris, Venise ou Worms.

A travers cette enquête, on découvre aussi des pages peu connues de l’histoire juive : les deux jumelles écossaises qui découvrirent les manuscrits de la Guéniza du Caire, le «Survivor’s Talmud» imprimé en 1948 à Heidelberg, en Allemagne, par l’armée américaine pour les survivants de la Shoah, ou encore le roi Henri VIII, qui se mit à étudier le Talmud pour justifier son divorce auprès de l’Eglise...

Un livre original, dont la lecture est agréable et enrichissante. Albin Michel 2009, 276 pages, 19,50 euros.

 

 

Melnitz, de Charles Lewinsky : une saga familiale juive

 

Si vous n’avez pas encore lu Melnitz, vous avez bien de la chance ! Vous allez pouvoir le découvrir et lui consacrer vos soirées d’hiver... Le roman fleuve de Charles Lewinsky, paru en allemand en 2006 et publié en France il y a quelques mois, dans la talentueuse traduction de Léa Marcou, a déjà enchanté des millions de lecteurs, et été salué par la critique dans plusieurs pays. Véritable saga familiale, qui se déroule entre 1871 et 1945, Melnitz relate le destin d’une famille juive en Suisse, de la guerre franco-prussienne jusqu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. L’auteur, Charles Lewinsky, né en 1946 à Zurich, s’est surtout fait connaître en tant que dramaturge, scénariste et parolier (il a écrit plus de 700 chansons). Son entrée en littérature est un véritable
coup de maître ! Melnitz renoue avec la tradition du grand roman familial du XIX e siècle tissé de bonheurs et de drames, de succès et d’échecs, d’amours et de convulsions, au gré de la grande Histoire qui vient sans cesse bousculer la petite.

La saga des Meijer, famille juive suisse, qui s’étend sur cinq générations, commence en 1871. Le patriarche Salomon, marchand de bestiaux, vit à Endingen, l’une des seules bourgades helvétiques où les juifs sont autorisés à résider. A partir de ce berceau des
origines, la famille commence son ascension sociale, d’abord à Baden, puis à Zurich. La famille éclate : le syndicalisme militant aux Etats-Unis pour l’un, l’étude talmudique au fin fond d’une Galicie menacée par les Cosaques pour un autre, l’armée sous uniforme français pour un troisième.

La roue de l’Histoire tourne... Avec un immense talent de conteur, Lewinsky fait vivre des personnages attachants et crée un monde romanesque plein de vie, à la fois profondément juif et universel. Un très grand livre.

Grasset 2008, 776 pages, 22,90 euros.