L’islam contemporain radicalisme apocalyptisme coexistance - I.Lurcat
Stéphane Amar, Les meilleurs
ennemis du monde. Israéliens et
Palestiniens, entre voisins
Le conflit israélo-arabe est trop
souvent décrit par les médias à travers
la grille de lecture de schémas simplistes,
dans laquelle Israéliens et Palestiniens -
ou Juifs et Arabes - sont toujours confinés
dans les mêmes rôles. Les médias français,
notamment, excellent dans ce « jeu de rôles »
où l’important n’est pas l’événement dont on
parle, mais la conclusion – toujours identique – que le lecteur ou le téléspectateur, sont amenés
à en tirer.
C’est pourquoi la lecture du livre de Stéphane Amar, journaliste vivant à Jérusalem qui collabore à plusieurs médias francophones, est particulièrement rafraîchissante et instructive. Dans son livre, intitulé Les meilleurs ennemis du monde, il décrit en effet une réalité presque totalement absente de la couverture médiatique de notre pays, qu’il décrit comme « un monde discret où Juifs et Arabes se parlent sans se maudire », où « ils étudient, travaillent et font de la politique ensemble ». Cette réalité que nous fait découvrir Stéphane Amar, c’est celle des Palestiniens de Gaza qui regrettent les Juifs, expulsés de leurs maisons par Tsahal sur l’ordre du gouvernement d’Ariel Sharon ; ou celle du cheikh Jabari de Hébron, qui refuse de détruire une synagogue de fortune installée sur son terrain, malgré les demandes pressantes de militants israéliens d’extrême gauche ; ou encore celle du cheikh Palazzi de Rome, représentant le courant de l’« islam sioniste » en Italie. Le chapitre consacré au cheikh Palazzi est un des plus intéressants du livre.
On y découvre comment
ce musulman italien, né d’un père catholique converti à l’islam et d’une mère syrienne, dirigeant du centre
islamique de Rome, a instauré un discours inédit sur
Israël et le sionisme. Lorsque Palazzi se rend à Hébron,
y rencontre le rabbin Dov Lior et y dénonce l’expulsion
des Juifs de Gaza (par le gouvernement israélien) devant
des étudiants de yeshiva abasourdis, il incarne une voix
musulmane certes minoritaire, mais porteuse d’espérance.
Cette voix, inutile de le préciser, est totalement ignorée par
les grands médias, en France et ailleurs.
Le livre de Stéphane Amar nous fait non seulement
découvrir une réalité méconnue, qui incite à l’espoir, mais
il montre aussi le mensonge du récit médiatique sur Israël,
qui présente toujours les Juifs comme des intrus en terre
musulmane. On regrettera à cet égard que l’auteur utilise lui
aussi le terme de « colons » pour parler des Juifs habitant
en Judée Samarie, alors même que son livre montre qu’ils y
sont chez eux, y compris aux yeux de certains Arabes…
Cette
malheureuse concession au langage journalistique occidental
porte atteinte à la cohérence de ce livre passionnant, qui est
sans doute un des plus originaux publiés en France à l’occasion
des 60 ans de l’Etat d’Israël.
Editions Denoël, 2008, 232 pages, 16 euros.
Daniel Pipes, L’islam
radical à la conquête
du monde
Daniel Pipes,
spécialiste de l’islam
et du Proche-Orient, et directeur
du Middle East Forum, commente
avec sagacité les événements de
notre région du monde, mais aussi
ceux qui concernent l’islam en
Europe, et en Occident en général.
Ses livres, publiés en anglais,
n’avaient malheureusement
jamais été traduits en France. Les éditions Cheminement viennent
de combler cette lacune, en
mettant à la disposition du lecteur
francophone L’islam radical à la conquête du monde, version
française d’un des ouvrages de Pipes, augmentée de plusieurs
articles publiés entre 2003 et 2008.
Le thème principal de ce livre est la conquête de l’Occident par l’islam radical. Daniel Pipes, à la différence d’autres spécialistes, établit une distinction claire entre l’islam – religion et civilisation - et l’islamisme, idéologie politique radicale. De manière convaincante, il montre comment l’islamisme tire ses sources à la fois du communisme, du tiers-mondisme et du nazisme, en habillant cette idéologie hybride d’origine occidentale de concepts musulmans traditionnels. L’auteur appelle à soutenir les musulmans modérés, meilleur rempart contre l’islam radical conquérant.
Editions Cheminements 2008, 357 pages, 15 euros.
Jean-Pierre Filiu, L’apocalypse
dans l’islam.
La dimension apocalyptique
de l’islam est un aspect très
peu connu du grand public,
et même des spécialistes. Il s’agit
pourtant d’un élément essentiel
du réveil de l’islam contemporain,
depuis 1979 en particulier, qui est
omniprésent dans le discours islamiste
tant dans les mouvances sunnites – du Hamas à Al-Qaida – que dans
l’islam chiite, représenté aujourd’hui
par Hassan Nasrallah et par Mahmoud
Ahmadinejad. Le livre de l’historien et arabisant Jean-Pierre
Filiu est le premier ouvrage en français sur le sujet.
Il montre comment l’apocalyptisme, déjà présent dans le texte même du Coran, dans les hadith et dans l’islam médiéval, réapparaît à l’époque contemporaine, à travers une littérature populaire diffusée dans tout le monde musulman, qui puise dans la tradition tout en y intégrant des thématiques antisémites européennes. Depuis 1979, l’apocalypse est devenue un élément fondamental du discours et de la politique de mouvements et de dirigeants islamistes aussi différents en apparence que le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien, Oussama Ben Laden ou le président iranien. Il s’agit, on le voit, d’un aspect essentiel pour comprendre les événements actuels dans notre région et au-delà, et le livre de Jean-Pierre Filiu (après l’ouvrage pionnier de David Cook paru aux Etats- Unis en 2005) est un outil indispensable pour aborder ce sujet capital.
Fayard 2008, 375 pages, 20 euros.
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