Nous sommes tous des expulsés du Goush Katif… - Emmanuelle Adda

ll y a des épisodes de l’histoire juive que notre inconscient collectif préfère oublier, refouler, enterrer. Par honte et par immaturité ou non responsabilité ou les trois à la fois. Notre peuple, vieux comme le monde, a créé une société toute jeune, encore puérile qui, lorsqu’elle commet des erreurs, préfère, comme de jeunes enfants, les planquer sous le tapis plutôt que de les affronter et les réparer avec sagesse. Je veux parler de l’évacuation ou plutôt, de la déportation des habitants du Goush Katif !


Sujet trouble et difficile, un « chouya » tabou dans certaines sphères. Cependant, il s’agit d’une tranche de vie de notre pays dont nous ne sortirons pas indemnes. Je ne rent rerai s pas dans les considérations politiques, seul l’aspect humain, ici, nous intéresse. Pardonnez moi le ton agressif que je pourrais employer mais ce sujet me touche aux tripes. Je ne supporte pas cette injustice. Une partie de notre peuple souffre profondément et en silence. Même s’ils se mettaient à hurler leur douleur, personne ne l’entendrait. Notre peuple et ses dirigeants font l’autruche, la tête dans le sable. Nous sous-évaluons les dégâts causés sur toute cette couche de notre population.


Du désert, tels des magiciens, ils en ont fait un jardin luxuriant, sans peurs
et fièrement, ils ont conquis la terre d’Israël dont nous, leurs frères les avons chassé. La faute est collective. Elle est impardonnable mais pas irréparable. Le travail reste à faire. Exclusion, trahison et indifférence. Trois véritables sources de souffrances. Richard Sitbon n’a jamais habité le Goush Katif, mais comme nous tous, il l’a rêvé et admiré. Il vient de publier un roman «Un mur de Certitude- Récit d’une évacuation » pour nous
raconter leur histoire, et donc une partie de l’Histoire d’Israël, afin que notre mémoire n’oublie pas. Alors, avec la peine au coeur et les mots justes, il nous raconte tel un conteur cette déchéance, tel un témoin de notre temps. Il veut que le monde sache ! Comme une haggadah que l’on lirait et commenterait à nos enfants un soir du mois d’Av, assis
autour d’une table, pour se souvenir. Surtout ne jamais oublier.

 

Ce serait encore les trahir. Son roman raconte l’histoire d’une famille originaire de France installés au Goush: agriculteurs, pionniers, idéalistes. Les serres, le travail ardu de la terre, les fruits du labeur, mais aussi les attentats, les peurs et les deuils sont les éléments de construction de cette histoire. Vingt ans plus tard, le fils du héros revient sur les lieux de son enfance et reconstruit le rêve arraché de ses parents. Un tableau réaliste. Une jolie histoire, certes idéalisée, magnifiée qui vous donne les larmes aux yeux, un roman diront certains, à l’eau de rose, mais le plus important n’est il pas de raconter cette tragédie, toujours et encore, devoir de mémoire, de « l’évacuer ». Cet ouvrage a été sélectionné par le jury du journal l’Express, nous lui souhaitons de remporter le prix, au nom d’un petit coin de paradis sur la terre d’Israël qui s’appelait le Goush Katif.