« Le syndrome de Jérusalem » - Maryline Médioni

Faire une interview avec les réalisateurs et les actteurs d’un film sans l’avoir vu; il fallait le faire : je l’ai fait ! Les deux acteurs français, Lionel Abelanski et Dan Herzberg ne pouvaient me rencontrer qu’un jour avant la projection du film ; ils repartaient juste après, à Paris. Le rendez vous fut pris dans un café dans le Nord de Tel Aviv ; le movies, choisi par l’un de réalisateurs, le nom du lieu était déjà très évocateur…

11h- Temps magnifique, Lionel Abelanski m’attend à la terrasse en buvant un café. Il se lève à mon arrivée, me salue, un grand sourire aux lèvres, il se sent bien, bien d’être ici en Israël, il me le dira des dizaines de fois lors de notre rencontre.. Lionel me raconte son personnage ; envoyé en Israël par une société française pour laquelle il travaille, il est touché par le syndrome de Jérusalem et devient Jonas. Enfermé dans un hôpital psychiatrique, il réussit à s’échapper et s’en suit alors une extraordinaire et désopilante série d’aventures ; course-poursuite à travers tout le pays. Je suis très attaché à ce film me dit il, je tenais absolument à jouer en Israël ; travailler avec des israéliens, c’est différent que de venir ici, en touriste !

 

Lionel, existe-t-il une différence de travail entre les français et les israéliens sur le tournage d’un film ?

Lionel Abelanski- Oui, en Israël, il n’y a pas de clivages sociaux, quelques soient les fonctions de chacun, il se crée une réelle relation amicale, il y a un respect naturel qui s’instaure entre les acteurs, les réalisateurs, les techniciens. Le tournage a duré 21 jours et partager la vie des israéliens, c’était magique. Ils sont super cool et en même temps, ils dévorent la vie à 1000km. En fait, je voulais expérimenter cette vie au quotidien… Dan Herzberg qui joue le rôle d’un jeune francophone hassid, arrive. Lionel me sourit et demande à Dan de s’installer à une autre table ; il a envie de me parler.. En Fait, j’aurais pu naître ici. Mon père était, avec ses frères, un enfant caché de la shoah. En 48, ils sont arrivés en Israël, dans un kibboutz. Toute sa famille a disparu dans les camps.

Comment s’appelle t-il ?

Jean Abelansky. En fait, son prénom est Itshak mais il nous interdit de l’appeler ainsi. Il ne veut pas qu’on lui rappelle qu’il est juif au quotidien. A seize ans, il est reparti en France sur la trace de ses parents et il y est resté. Il s’est marié avec ma mère qui n’est pas juive. Je n’ai découvert que très tard que je n’étais pas juif puisque la judéité passe par la mère. C’est au lycée, qu’un ami juif me l’a révélé, je me suis senti perdu ; je pensais être juif ! Ma vie a soudainement basculé entre deux cultures, une à laquelle je me savais appartenir mais à laquelle, je n’appartenais pas « légalement » et celle de ma mère qui m’était étrangère. J’en ai beaucoup souffert. En venant en Israël, comme mon père qui est retourné à Paris sur les traces de ses parents, je suis venu chercher, sur ses traces, mon histoire, mes racines.

 

Ce film, au delà d’une expérience professionnelle, humaine, où j’ai tissé de véritables relations d’amitiés, a été aussi l’occasion d’une recherche identitaire.

Souhaitez vous vous convertir au judaïsme ?

L-A : Je n’en n’éprouve plus le besoin.. Il ouvre son portefeuille et me montre la photo de ses deux enfants et de son épouse. Ma femme est juive et donc, mes enfants aussi, j’ai bouclé la boucle non ? Les Juifs et leurs histoires ! A chaque rencontre, l’histoire est encore plus belle, plus émouvante.. Dan revient à notre table, Lionel se lève, et me dit : J’espère que vous allez adorer le film demain soir ! Dan Herzberg est acteur depuis vingt ans en France. Ce rôle, il le voulait à tout prix… Il m’explique que toutes les personnes qui ont travaillé pour ce film l’ont fait par le film s’est tourné sans budget. Enfin montrer un autre Israël, celui que l’on ne voit pas à la télévision. Celui des gens, dans leur quotidien, dans la vie simple de tous les jours. Une caricature de cette jeunesse israélienne, tels les personnages dans les livres d’Isaac Bashevis Singer, me précisera t-il, des personnages hauts en couleur, le typique poussé à l’extrême.

Dan, c’est la première fois que vous venez en Israël ?

D-H : Non, je suis déjà venu mais il y a très longtemps. J’avais des impressions lointaines, comme des touches d’un tableau impressionniste. Je voulais revenir, j’avais lu le scénario et je voulais ce rôle ! Lionel avait déjà obtenu le rôle de Jonas et m’avait parlé de cette comédie hilarante, originale sur Israël. Je savais qu’il restait un seul rôle, celui du jeune hassid et « dafka » c’est justement celui que je voulais. Un dimanche après midi Lionel a pris sa vidéo et m’a filmé, j’ai envoyé le film aux réalisateurs.

 

 

Mais pourquoi cette rage pour obtenir ce rôle ?

 

J’aime le cinéma israélien. C’est un cinéma jeune, dynamique, je voulais travailler avec des israéliens, je parle hébreu, pénétrer ce milieu professionnel était pour moi une très belle opportunité. Le message du film aussi me plaisait. Le scénario que je trouvais drôle. Bref autant de raison pour me battre pour obtenir ce rôle !

Donc, pour vous, le syndrome de Jérusalem est avant tout un film israélien ?

D-H : Bien entendu ! Uniquement Lionel et moi sommes français. L’équipe de tournage est israélienne, les producteurs aussi. Quand à Emmanuel Naccache et à Stéphane Belaïsch, ils ont fait leur alya depuis une dizaine d’années, alors oui ce film est israélien !

Pourquoi ce rôle de hassid vous tenait à coeur ?

D-H : Je pratique la religion juive. Je vis en France et souvent je me dis que c’est une aberration de continuer de vivre en France en tant que juif alors que toute la famille de mes parents a été raflée au Vel D’hiv. Le shabbat, ma femme et moi invitons des juifs paumés (dans leur judaïsme) à la maison. Nous mangeons cacher et nous essayons de leur expliquer la religion, à notre niveau, ce n’est pas facile et les clichés sont difficiles à détruire. Ce rôle, en plus d’être une expérience humaine,- il y a eu une osmose extraordinaire sur le tournage, nous sommes tous devenus amis, de vrais amis- professionnelle, a été avant tout une recherche religieuse ; me mettre dans la peau d’un jeune hassid qui entre étudier dans une yeshiva francophone en Israël. Je ne voulais plus fantasmer sur Israël mais découvrir sa réalité ! J’ai rencontré de belles personnes ; ce film est béni par D, j’en suis certain ! Il était presque 14h, nous avions dépassé le timing des interviews et je devais également rencontrer les réalisateurs du film. Emmanuel Naccache et Stéphane Belaïsch s’installent à ma table. Deux jeunes réalisateurs, la passion du cinéma dans le sang, un scénario écrit à quatre mains, une amitié de longues années. Emmanuel avait déjà fait sa alya, et rêvait de réaliser cette comédie mais ne possédait aucune expérience cinématographique et Stéphane, professionnel dans le monde du théâtre, plusieurs one man show à son actif, et une pièce de théâtre qui marchait bien à Paris mais qui rêvait de faire sa alya.

 

 

La décision est prise, chacun aidera l’autre à réaliser son rêve ! Cependant, réaliser un film sans argent, relève de l’impossible ! Alors, tout le monde, amis, parents mettront la main à la bourse ; de 300 euros à 30 000 euros, me confie Emmanuel Naccache, puis, enfin, la rencontre avec le producteur, Haim Bouzaglo. J’ai toujours été fasciné par le syndrome de Jérusalem, celui qui en est atteint devient une vraie éponge, il a alors un regard transparent sur le monde qui l’entoure, je m’en suis donc servi comme sujet pour cette comédie. Je voulais tant montrer un autre visage d’Israël, celui de sa jeunesse. « La jeunesse israélienne est complexe, en recherche de spiritualité. Elle doute, se construit au travers de son melting pot et comprend une certaine dose de folie et de fureur de vivre » ajoute Stéphane Belaïsch.

Pourquoi cette comédie ?

Emmanuel Naccache : Divertir les israéliens, les spectateurs, porter un regard positif sur Israël et pourquoi pas, donner l’envie aux gens de venir ici ! Le lendemain, l’avant première a lieu. Dans le dédale des ruelles de la vieille ville de Jérusalem, un homme court. Il ne se souvient plus de rien, il ne sait plus qui il est. Atteint du syndrome de Jérusalem, il est convaincu d’être le prophète Jonas. Dans sa fuite, il va se retrouver embarqué dans une aventure rythmée aux cotés d’un tel avivien de retour d’Inde, une prostituée russe, un jeune étudiant de yeshiva convoyeur de streimel, une jeune soldate et une serveuse new age. Ces personnages, qui à première vue n’ont rien en commun, vont traverser le pays en taxi collectif, poursuivis par un maquereau géorgien et par des officiels du gouvernement français … La comédie est excellente, drôle, on ne s’ennuie pas une seconde. A la fin de la projection, les spectateurs applaudissent avec fougue. Les réalisateurs, les acteurs sont là, ovationnés et ravis ! Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Je suis dingue de ce film.

Le syndrome de Jérusalem serait il contagieux ?