Le prochain maire de Jerusalem est-il Français ? - Myriam Lang

A 90 jours des élections municipales en Israël, Michel Benami, président du Likoud à Jerusalem, est le candidat montant de la capitale controversée.

Novembre 2008 : les élections municipales israéliennes s’annoncent serrées, particulièrement à Jerusalem. La ville trop sainte est déchirée une fois encore entre un candidat ultra-religieux et un anti-religieux. L’affrontement idéologique vat- il une fois de plus se limiter à la gay pride ou l’habillement des danseuses ? La ville la plus emblématique du pays va-telle devenir le symbole de l’exclusion ou juste rester la plus pauvre et la plus abandonnée ? Peut-être. A moins que Michel Benami ne réussisse son pari et n’impose par les urnes un vrai projet de développement pour la ville.


C’est de son magasin d’optique, à deux pas de la mairie, que Michel Benami vit et étudie la vie hiérosolomytaine. Quel meilleur observatoire que la rue Jaffa ? Où être plus au coeur de tous les problèmes et de tous les enjeux de la ville ? Entre les travaux du tramway, la proximité de la ville arabe, celle des quartiers religieux et la jeunesse débridée du Russian compound, Michel écoute, regarde, comprend, rassure et propose. La quarantaine naissante, père de deux enfants, membre du Likoud depuis plus de 18 ans, proche de Benyamin Netanyahou, il n’est plus un novice et maîtrise
les enjeux. Entre une mère de famille religieuse pressée et le jeune branché venu chercher des lunettes de soleil, le geste sûr et précis, le sourire éclatant toujours aux lèvres, il parle de sa Jerusalem. Son amour de Sion, il le porte en lui depuis cette enfance à
Casablanca marquée par un premier prix national d’études bibliques autant que par un tabassage dans la rue lors de l’opération Entebbe. Le jeune garçon découvre alors la nouvelle Jerusalem, celle qui est capitale d’un état vivant et en pleine construction. A treize ans, il décide, contre la volonté de ses parents, de participer à l’aventure sioniste et intègre un groupe de l’alyat hanoar. Et c’est le choc, lors de son premier shabbat en Israël : des voitures roulent ! L’enfant en pleure. L’homme d’aujourd’hui ne souhaite pas un état religieux. Mais depuis ce jour, il sait qu’il faut s’engager pour faire vivre le respect, pour construire la tolérance, rapprocher les communautés, créer une place pour chacun en s’appuyant sur le judaïsme. Et c’est ce qu’il fait.


En 2000, il publie un livre sur son parcours et son engagement, revenant longuement sur son amitié avec un jeune Juif Français laïc, imbibé de pragmatisme européen, sur leurs échanges, leurs disputes et surtout, leur union autour du sionisme. Son ami décèdera tragiquement lors de son service militaire à Tsahal, dans un accident d’hélicoptère. Michel a perdu un ami et son partenaire en mahloket, mais n’a pas oublié la leçon : il est possible de trouver le point d’équilibre entre religion et laïcité, en s’appuyant sur des valeurs communes fortes. Rassembler va devenir un de ses mots d’ordre. Intensifier les liens, comme il l’a fait lors de ses années de service militaire avec la diaspora. Il est lieutenant-colonel à SAR-EL, le volontariat à l’armée pour les juifs de diaspora. Pendant trois semaines ou plus, les volontaires du monde entier viennent partager avec les soldats la vie des casernes et apportent leur soutien à des jeunes parfois démoralisés sur l’avenir du pays. Le succès de cette initiative est immédiat. C’est une réponse concrète, efficace et tellement symbolique à la problématique des liens entre Israël et la diaspora. Michel sourit. Encore. La
situation est difficile, mais le meilleur est aussi possible. Et c’est ce qu’il veut pour Jerusalem. « Je ne vends pas de lunettes roses, mais je pense que je vois mieux parce que j’agis et que je crois ».

 

Il n’est pas concevable que la ville d’or ait un des taux de chômage les plus élevés du pays. Il n’est pas acceptable que 25% des logements n’aient pas l’eau courante. Il est temps de professionnaliser la gestion municipale et en particulier, celle des fonds de la ville, trop souvent gaspillés par manque d’expérience ou de contrôle. Jerusalem est une ville unique, une agglomération quasi millionnaire qui a besoin d’un maire qui s’occupe de ses habitants et de leurs besoins. Qui développe les transports, qui attire les entreprises, qui soutienne les familles. A Maalot, le taux de chômage est tombé à 0 depuis que le maire démarche lui-même les entreprises. Pourtant, la ville était sous les bombes pendant la dernière guerre. Pourquoi pas à Jerusalem ? Pourquoi laisser certains vouloir investir dans Jerusalem-Est avec des millionnaires russes et arabes au lieu de développer la capacité d’autogestion de la ville ? Jerusalem doit être capable de produire de la richesse. La ville a des atouts sans nombre. Une population jeune, des attraits touristiques exceptionnels, une des meilleures universités au monde. Jerusalem ne doit plus être la seule ville des yeshivot
et des fonctionnaires. Il faut aider les jeunes à rester, les aider à trouver un logement et un emploi, au lieu de les laisser partir vers les mirages de Tel-Aviv. Le maire doit pousser tous les citoyens à l’emploi en développant de nouvelles formes de travail, et en particulier le temps partiel, qui permettrait d’étudier et de travailler en même temps tout en enrichissant les familles nombreuses où encore bien souvent seule la femme assure un revenu, le reste venant de la tsédaka et des allocations. C’est de cette manière que la famille sera renforcée et continuera à donner à Jerusalem sa force, sa stabilité et sa richesse.


En donnant sa place à chacun, en respectant toutes les composantes de la société hiérosolomytaine, en rassemblant autour de projets communs, Michel Benami veut façonner une ville bien dans son passé, sûre de ses valeurs et tournée vers l’avenir. Une ville où il fait bon vivre. Une capitale pour Israël.