Boliloc – entretien avec Philippe Genty

Que se passe-t-il dans Boliloc ?

Philippe Genty : Cela commence par une scène de cabaret avec un ventriloque. Celui-ci commence par se dédoubler ce qui est normal pour un ventriloque, mais voilà qu’il se démultiplie en différentes personnalités lesquelles ne tardent pas à entrer en conflit les unes avec les autres. Alors le personnage du ventriloque plonge à l’intérieur de lui-même pour tenter de régler les conflits avec ces personnages qui le dévorent de l’intérieur. Mais, au fond, dans tout cela ce qui m’intéresse c’est de confronter les comédiens-danseurs présents sur scène à des matériaux, des objets, qui peuvent avoir la forme de paysages, par exemple. C’est un voyage intérieur dans lequel le personnage principal va réussir à faire la paix avec ses monstres.

Comme tous vos spectacles, c’est très visuel…

Ph. G. : Je fonctionne beaucoup sur l’image, c’est vrai. Les personnages doivent se confronter à des objets étranges comme des boîtes labyrinthiques, par exemple. À un moment, ils sont pris dans un puzzle qui devient un paysage mouvant où s’épanouissent des fleurs énormes, gigantesques, comme des océans. C’est plein de métamorphoses. Alors il faut que les images changent rapidement ce qui suppose un important travail sur les matériaux.

C’est proche du surréalisme, du rêve, de l’inconscient…

Ph. G. : Oui, dans le sens où Freud dit que les rêves font ressurgir les désirs et qu’ils nous laissent le matin sur des interrogations. Ces images me disent quelque chose, mais quoi je l’ignore. Donc on a ce sentiment du rêve. Les choses surgissent de la scène ; il n’y a jamais d’entrée latérale car cela n’existe pas dans mes rêves. Il y a dans le spectacle cette nécessité des choses qui surgissent et qui s’en vont. Pour moi la scène est plus le lieu du subconscient qu’autre chose. Donc je cherche à aspirer le spectateur dans ce lieu-là en l’obligeant à être actif. Le spectateur est continuellement dans un processus où il doit s’interroger. Pour moi le théâtre est un lieu artificiel, ce n’est pas le lieu de la réalité. C’est le contraire du théâtre stanislavskien. Car je suis plutôt du côté de Gordon Craig, d’un théâtre où tous les signes ont leur importance : la lumière, la musique, les sons, les objets, l’ombre, etc.

* extrait d’une interview paru dans un magazine en france