Une passionnée au parcours sans faute - Rebecca Assous

Anne Roumanoff a 20 ans… de carrière ! Anne Roumanoff a 12 ans quand un ami de ses parents imite Louis Jouvet. Dans la foulée, elle se lance dans une imitation de Sylvie Joly… Sans savoir qu’elle déclinera elle aussi, un jour, l’humour au féminin avec succès.

 

Aquoi pensez-vous quand vous regardez vos 20 ans de carrière ?


Je suis très fière. J’ai comme le sentiment d’avoir accompli une bonne partie du chemin. C’est un dur métier où il faut toujours se battre. Rien n’est jamais acquis. Avec les années, j’ai aussi beaucoup changé. Je suis plus exigeante avec moi-même et je sais certainement mieux
écrire qu’à mes débuts. Donc, je travaille plus jusqu’à être satisfaite !

C’est un métier fait pour vous en somme ! Vous êtes d’un caractère obstiné…

Oui ! Malgré tous les obstacles que j’ai pu rencontrer, je ne me suis jamais découragée. C’est peut être dû à mes origines juives, j’ai la sensation que rien n’est impossible. Je ressemble d’ailleurs beaucoup à ma grand-mère maternelle originaire du Maroc. Elle a toujours été une femme moderne et indépendante dans une société, qui ne laissait aucune place à la femme. Elle est morte il y a 20 ans mais les gens qui l’ont connu se rappellent encore d’elle. L’été dernier, on a trouvé son journal intime. Elle n’avait que 13 ans et elle écrivait qu’elle voulait être actrice de théâtre. Ce n’était pas courant à l’époque au Maroc !
Un de ses cousins m’a récemment raconté une anecdote…


Pendant que ses enfants couraient partout dans la maison, elle tapait à la machine _ elle adorait écrire_ et sa soeur se moquait d’elle en lui disant « alors, ça va Victor Hugo ! » Bien, sa passion a payé puisqu’elle devenue la première femme juive francophone écrivain au Maroc. Il y a quelques années, ma mère a retrouvé un de ses manuscrits, l’a retravaillé et l’a fait publié*. Il paraît que je lui ressemble beaucoup, notamment sur scène. Par contre, elle était beaucoup plus marrante que moi en société…Il y avait toujours un groupe de gens autour d’elle et, elle, racontait des blagues. Moi, c’est sur scène que je m’exprime plus facilement. Je suis triste qu’elle n’ait pas vu mon succès avant de mourir. Elle est enterrée au Mont des Oliviers. J’irai sans doute l’année prochaine…


Quand vous est venue l’envie de faire de la comédie ?

 

A l’âge de 12 ans. Un ami de mes parents, un ancien comédien m’a conseillé de m’inscrire dans une école de théâtre. Ce que j’ai
fait le lendemain. Au début, j’étais assez conformiste, je voulais être une comédienne traditionnelle, faire le Conservatoire et la Comédie Française. Je savais que je pouvais faire rire avec mes sketches mais cela ne me paraissait pas très glorieux. Et puis, à l’époque, comique n’était pas du tout à la mode pour une femme. Mais, j’avais des choses à dire et l’impression que si je n’arrivais pas à être comédienne, la vie ne serait pas intéressante. J’ai passé 10 ans dans les cours de théâtre de 12 à 22 ans et j’ai vécu de nombreux échecs. Mais c’est vrai que dès que j’ai commencé à faire des sketches, tout s’est enchaîné très vite et ça a cartonné.
Vous dites que jeune vous vous sentiez un peu à part… Oui. Cela vient sans doute de mes origines. Mes grandsparents venaient de l’étranger. Ils étaient juifs originaires de Russie et du Maroc. Quand on a des origines étrangères, je pense que l’on a plus de mal à se situer et à s’ouvrir aux autres. Moi, j’étais un peu renfermée dans mon monde.

 

Côté religion, mes parents étaient juifs, ils se disaient juif, mais ne pratiquaient pas du tout. Je ne me sentais donc pas une « vraie » juive… mais je n’allais pas non plus au catéchisme… J’étais entre deux et je me posais beaucoup de questions. A mon lycée, je ne fréquentais pas la bande de jeunes juifs. Je n’avais pas le côté sympa des sépharades. Et je n’étais pas non plus dans l’aumônerie où les jeunes s’éclataient. Avec le recul, je me dis que je n’en ai pas souffert car je pense que cela fait partie de ma nature. Si aujourd’hui, je fais du onewoman show, c n’est peut être pas un hasard.. Je suis pas très à l’aise dans les groupes. Par contre, j’aime les relations en tête à tête avec les gens…


Que vous reste t-il de vos origines juives ?

 

Par moments, un grand sentiment d’insécurité. Ma famille a beaucoup déménagé pendant la guerre. Ca laisse une empreinte. Ma première grand-mère a quitté le Maroc pour la France avant l’indépendance. L’autre est partie de Russie pour aller à Berlin. En 1933, elle venue en France. Mon père a du faire du catéchisme. Il a été caché comme dans le film « Au revoir les enfants » de Louis Malle. J’ai toujours l’impression que tout peut s’arrêter du jour au lendemain. Le sentiment d’être sur le qui-vive. J’ai peur de manquer aussi, de travail, d’argent, d’amour, de reconnaissance. Mon mari se moque souvent de moi ! Pourtant, je pense que si j’avais été différente et moins vigilante dans la vie, peut être que j’aurais fait plus d’erreurs. Depuis quelques années, je me suis rapprochée de mes racines marocaines. J’ai le côté angoissé des ashkénazes, le vague à l’âme…mais je préfère les sépharades ! Je me sens
bien avec eux, ils me sécurisent.

 

Pensez-vous que l’on peut rire de tout ?

 

Dans l’absolu, oui. Une fois sur Europe 1, on parlait d’un joueur de football et j’ai dit qu’il avait des sourcils portugais. Tout de suite, un auditeur a envoyé un mail « comment ? Elle se moque des portugais ! » Il y a un moment, il faut savoirêtre cool. D’ailleurs aux Etats-Unis, il y a tellement eu un excès dans le politiquement correct que, depuis 2-3 ans, les comiques balancent sans honte sur les homos, les Juifs, lesNoirs, les femmes…Et pourquoi pas ? Il ne faut pas s’arrêter de rire. Bloquer la parole est malsain. Evidemment, je ne cautionne pas les dérapages racistes de certains. Quand on s’exprime sur scène on a une responsabilité.
Comment vous viennent vos idées de sketches ? Je m’inspire de tout ce qu’il se passe dans la société. On dit souvent que je suis une « sociologue du quotidien ». C’est vrai ! Je suis passionnée par les changements de société, comment les gens vivent. A mes débuts, je parlais surtout de mecs, de régimes, de sexe, du couple… Depuis quelques années, j’aborde des thématiques sociales comme l’Anpe, l’hôpital, les profs….tout en continuant à m’intéresser à ce qui fait le quotidien des femmes : les devoirs, l’amour, babysitters… Et puis, ’ai commencé à traiter de l’actualité politique au moment de la guerre en Irak. J’ai crée un pilier de bistrot assez alcoolisé qui commente l’actualité sans complexe. J’ai pris beaucoup de plaisir à cet exercice au moment des présidentielles et je continue à éplucher et commenter les faits et gestes du nouveau gouvernement !


Site Internet:

http://www.anneroumanoff.com


*«Degracia, récit d’une enfance marocaine : Une petite fille au mellah de Fès dans les années vingt » de Colette Roumanoff aux éditions l’Harmattan.