Mes amis de la Shoa - Arielle Ayoun
Un trop plein, besoin d’écrire,
oui, comme toujours..
Yom Ha Shoa
Quand Shmouel m’avait
raconté son histoire, dans le
bus, un instant de Vérité, de ‘Nevoua’,
j’avais ressenti comme un transfert,
une sorte de décharge électrique, une
décharge, oui c’est cela, dans tout le
corps, comme si on me chargeait, on
me loadait de tout un poids, le poids
de plusieurs générations, le poids de
la peine, du témoignage de tout un
peuple.
J’ai senti cette « charge », dans le
haut de ma tête, mes épaules, le
dos, il parlait, me racontait, me disait
l’absurde, l’horreur, l’impuissance, toute
cette immensité de désarroi, de peine,
et de fidélité à D… éternelle, malgré
tout, par delà nous.
Où est Shmouel, aujourd’hui ?
Où est Bila ?
La petite fille de 12ans, la petite
combattante du froid, qui se tenait des
heures et des heures toute droite dans
la neige de Bergen Belsen pour ne pas
mourir.
Shmouel de 15 ans, toutes les 6 minutes,
un corps, petit combattant de la mort,
lui qui l’a touchée sentie, compagne de
son adolescence.
Seul survivant.
Son dercommandor, chargé des
cadavres.
Shmouel de Tel Aviv, hanté de cimetières,
obsédé de sépultures.
Bila la Vaillante, aujourd’hui fière,
tellement fière de son fils adoptif,
aussi brun qu’elle est claire, elle qui
n’a jamais pu enfanter, blessée dans
son ventre, ses reins, ses seins, petite
statue survivante.
Ils n’ont pas répondu à mes appels.
Mes amis de la Shoa.
Où seront-ils bientôt, comment dironsnous..
Toutes ces histoires, ces millions de
millions d’histoires pas racontées,
mortes dans la gorge.
Le peu de documentaires, si nombreux
pourrait-on croire.
Le peu de témoignages, maladroits
souvent, mal filmés, si loin du ressenti.
Primo Levi l’avait bien dit, ceux qui on
survécu ne peuvent pas témoigner,
simplement du fait qu’ils ont survécu.
Deux bougies.
Hanna, la grande belle Hanna.
Mon arrière grand-mère, qui a légué
son prénom à ma maman, qui depuis
Staline porte le fardeau de ces morts
abandonnés, de cette grand-mère qui
lui a légué la rage de la survie, mais
aussi une telle paralysie, une telle peur
face à la Vie.
Mes amis de la Shoa.
Où seront-ils demain ?
Quand la neige aura fondu, quand la
neige d’Auschwitz ne sera plus, quand
eux ne pourrons plus témoigner de la
marque infâme sur leur bras, ces petits
vieux, au regard hagard, trop sec pour
leur âge, nos fantômes.
Je vous aime.
Je n’ai pas assez de larmes dans tout le
corps pour vous pleurer.
Que les étoiles, Que le Ciel se
souvienne !
Que chaque étoile vous éclaire, que D…
protège vos âmes sacrifiées.
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