Il y a 65 ans, avril 1943, veille de la Pâque juive - Viviane Lesselbaum

Voici mon témoignage, avec mes mots, extrait de mon premier ouvrage : « Le vernissage, c a r n e t s d e P o l o g n e » , aujourd’hui épuisé, et paru en 1990.


« …Nous arrivâmes au ghetto, ou plutôt sur les lieux où il se trouvait.
C’est un immense quartier de Varsovie. Les descriptions faites par Singer de quelques rues populaires du quartier juif ne m’ont pas donné beaucoup de repères. Tout ce que j’ai vu, ce sont des maisons de cinq à huit étages, des allées, des monuments à la gloire des partisans polonais qui n’avaient pas grand-chose à voir avec le ghetto.

 

Le centre proprement dit, du ghetto, a été respecté. Il a été aménagé en grande place gazonnée.

 

L’impression de malaise commence déjà au niveau de cette place. Une impression de désert, de vide, de trappe qui s’est refermée. Cette place demeure étrangement silencieuse. Aucune reconstitution n’a été faite. …Un monument fait de bronze, est érigé sur une immense dalle, représentantsur l’une de ses faces les combattants
Juifs du ghetto, sculpture puissante, typique de l’esthétique des pays de l’Est. Sur l’autre face, l’image tragique de l’anéantissement de sa population :

 


vieillards, enfants, mères avec leur bébés, rabbins emportant des thoras, poussés, écrasés, battus par les soldats allemands, menés avec acharnement vers leur effroyable destin. De chaque côté de cette fresque imposante se dressent deux chandeliers à sept branches faits du même bronze, et qu’en de nombreuses circonstances, certainement, on doit allumer ; les traces de foyers récents en témoignent. …J’ai franchi les quelques marches qui mènent à ce monument, avec le même sentiment que j’ai ressenti il y a trois ans devant le Mur des Lamentations (Kotel), il y a trois ans à Jérusalem. Mais le Mur des Lamentations est un mur d’espérance, alors que cette sculpture monumentale…on aurait tant voulu qu’elle ne soit pas édifiée. L’émotion ressentie ne s’écrit pas. C’est triste, triste, triste. Dimanche 17 septembre 1989. Mon voyage est achevé. Le vernissage s’est très bien passé. »